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Points clés à retenir
- La CCN IDCC 3248 remplace 76 conventions territoriales depuis le 1er janvier 2024
- 18 classes réparties en 9 groupes A à I, cotation basée sur 6 critères de poste
- Le plancher groupe A classe 1 est fixé à 21 700 € brut annuel
- La GCIR interdit toute baisse de salaire lors du repositionnement
- Forfait jours = +30 % du SMH de votre classe, forfait heures = +15 %
Pourquoi la métallurgie a changé de convention collective en 2024
L’accord fondateur du 7 février 2022 et son calendrier d’application
La nouvelle grille de classification de la métallurgie ne date pas de 2024 : l’accord qui la fonde a été signé le 7 février 2022. Mais la mise en application effective des nouvelles classifications et des salaires minima hiérarchiques a été fixée au 1er janvier 2024. Deux ans d’écart qui ont laissé le temps aux entreprises de repositionner leurs salariés — en théorie.
Ce calendrier décalé explique beaucoup de la confusion qui règne encore aujourd’hui. Quand j’accompagne des professionnels RH de PME industrielles, je constate que beaucoup ont confondu les deux dates, parfois au détriment des salariés qui auraient dû être reclassés plus tôt.
Les 76 conventions territoriales remplacées par une seule CCN nationale (IDCC 3248)
Avant 2024, la métallurgie fonctionnait avec 76 conventions collectives territoriales distinctes. Un salarié à Rennes et un autre à Lyon, à poste identique, pouvaient avoir des minima salariaux différents selon leur région. Ce morcellement datait des années 1970 et générait une complexité administrative considérable.
La nouvelle convention collective nationale IDCC 3248 a remplacé l’ensemble de ces accords territoriaux par un référentiel unique. Un seul barème, une seule grille, applicables du Pas-de-Calais à la Côte d’Azur. Sur le papier, c’est une simplification bienvenue. Dans les faits, le passage d’un système à l’autre a demandé un travail de repositionnement poste par poste pour chaque entreprise de la branche.
Les 1 600 000 salariés concernés : ouvriers, TAM, ingénieurs, cadres
Ce sont 1 600 000 salariés qui sont couverts par cette nouvelle convention, selon l’UIMM. Ouvriers de production, techniciens et agents de maîtrise (TAM), ingénieurs, cadres dirigeants : toutes les catégories sont concernées, avec une grille unique qui intègre désormais cadres et non-cadres dans le même référentiel à 9 groupes.

Le nouveau système de cotation : comment un poste est classé
Les 6 critères d’évaluation de l’emploi
L’article 139 de la CCN métallurgie définit 6 critères d’évaluation qui servent à coter chaque poste. Ce sont ces critères qui déterminent votre groupe et votre classe — pas votre ancienneté, pas votre diplôme, pas votre statut. Le poste que vous occupez.
Pour visualiser le fonctionnement de la classification, cette vidéo de MetallurgieCFECGC explique le principe en deux minutes :
Les six critères sont : la complexité de l’activité, les connaissances requises, l’autonomie, la contribution au résultat de l’entreprise, l’encadrement ou la coopération avec d’autres équipes, et enfin la communication, interne ou externe. Chaque critère est évalué sur une échelle de niveaux, et la somme des points produit une cotation globale du poste.
Comment la cotation produit une classe (1 à 18) et un groupe (A à I)
La cotation aboutit à un positionnement dans l’une des 18 classes d’emplois, elles-mêmes regroupées en 9 groupes de A à I. Les groupes A à E couvrent les emplois non-cadres (ouvriers, TAM), les groupes F à I couvrent les cadres et les ingénieurs avec une progressivité liée à l’expérience.
Concrètement : un opérateur régleur avec autonomie partielle sera coté différemment d’un opérateur régleur qui gère seul l’ordonnancement de sa ligne. Même intitulé de poste, cotation différente, classe différente, salaire minimum différent. On va pas se mentir : c’est là que les tensions avec les managers et les RH surgissent le plus souvent.
Ce qui change fondamentalement vs les anciens coefficients territoriaux
L’ancien système utilisait des coefficients chiffrés (coefficient 190, 215, 285…) rattachés à chaque convention territoriale. Ces coefficients n’avaient pas de définition commune d’une région à l’autre, et leur correspondance avec les réalités des postes actuels était devenue très approximative au fil des décennies.
Le nouveau système évalue le contenu réel du travail, pas le statut ou la catégorie historique. C’est un glissement conceptuel important : votre positionnement dépend de ce que vous faites, pas de ce que vous êtes. Pour les salariés dont le poste a évolué sans que le coefficient ait suivi, c’est souvent une opportunité de reclassement à la hausse.
La grille des salaires minima hiérarchiques (SMH) 2024 en détail
Le barème unique national à partir du 1er janvier 2024
Les salaires minima hiérarchiques (SMH) sont calculés sur une base mensualisée de 151,66 heures, correspondant à 35 heures hebdomadaires. Les montants ci-dessous sont des minima bruts annuels applicables depuis le 1er janvier 2024 — votre employeur peut vous verser davantage, jamais moins.
Les groupes A à E : montants annuels bruts classe par classe
| Groupe | Classes | Profils types | SMH annuel brut minimum (2024) |
|---|---|---|---|
| A | 1 à 2 | Emplois d’entrée, tâches d’exécution simples | À partir de 21 700 € (classe 1) |
| B | 3 à 4 | Opérateurs qualifiés, techniciens juniors | Barème progressif à partir du groupe A |
| C | 5 à 6 | Techniciens expérimentés, agents de maîtrise débutants | Progression par classe définie dans l’annexe CCN |
| D | 7 à 8 | TAM confirmés, chefs d’équipe | Écarts significatifs entre classe 7 et classe 8 |
| E | 9 à 11 | Agents de maîtrise senior, techniciens experts | Dernier groupe non-cadre avant le seuil cadre |
Le plancher du groupe A, classe 1 est fixé à 21 700 € brut annuel depuis le 1er janvier 2024, d’après l’avenant du 11 juillet 2023. Ce plancher est le minimum absolu de la branche. Plusieurs niveaux des groupes A et B restent proches du SMIC, ce qui a d’ailleurs posé des questions lors des revalorisations légales successives.
Les groupes F à I : le barème spécifique cadres et la progressivité par années d’expérience
À partir du groupe F, la logique change : la grille intègre une progressivité en fonction des années d’expérience dans la classe. Un cadre groupe F, classe 12, avec moins de deux ans d’expérience dans le poste touche un minimum de 29 940 € brut annuel. Ce même cadre avec plus de deux ans verra son minimum réévalué.
Les groupes F à I couvrent les ingénieurs débutants jusqu’aux cadres dirigeants. La progression n’est plus seulement liée à la classe, mais aussi à l’ancienneté dans cette classe — une nuance que beaucoup de fiches de paie ne font pas encore clairement apparaître.
Majoration forfait heures et forfait jours
La majoration de 15 % pour les conventions de forfait en heures
Si vous êtes en convention de forfait en heures, votre salaire minimum hiérarchique doit être majoré de 15 % par rapport au SMH de votre classe. Ce n’est pas une option négociable : c’est une obligation prévue à l’article 139 de la CCN.
En pratique, cela signifie que votre fiche de paie doit mentionner le SMH de base de votre classe, puis la majoration de 15 % appliquée. Si votre convention de forfait heures figure dans votre contrat mais que vous ne voyez pas cette majoration, il faut vérifier.
La majoration de 30 % pour les conventions de forfait en jours
Pour les salariés en convention de forfait en jours — souvent des cadres, mais pas exclusivement — la majoration monte à 30 % du SMH de leur classe. Cette majoration compense l’absence de décompte horaire et la flexibilité imposée par ce type de convention.
Ces pourcentages sont fixes, définis par la convention elle-même. L’employeur ne peut pas les réduire par accord d’entreprise. C’est l’un des points sur lesquels j’ai vu le plus d’erreurs dans les PME industrielles : des cadres en forfait jours dont le minimum conventionnel n’intégrait pas la majoration de 30 %.
La garantie conventionnelle individuelle de rémunération (GCIR)
Définition et objectif de la GCIR : aucune baisse de salaire au passage
La GCIR est le garde-fou principal de la réforme. Son principe est simple : le passage à la nouvelle classification ne peut pas entraîner une baisse de rémunération pour les salariés en poste. Si votre nouveau SMH est inférieur à ce que vous perceviez sous l’ancien système, votre employeur doit maintenir votre niveau de rémunération via la GCIR.
Ce que personne ne dit (et qui change tout) : la GCIR n’est pas une augmentation automatique. C’est une protection plancher. Elle garantit que vous ne perdez rien, mais elle ne garantit pas que vous gagnez davantage si votre nouveau minimum est supérieur à votre ancien salaire réel. Dans ce cas, c’est le nouveau minimum qui s’impose.
Comment calculer et comparer son ancien salaire au nouveau minimum
Pour vérifier votre situation, la démarche est en deux temps. D’abord, identifiez votre groupe et votre classe dans la nouvelle CCN (votre employeur doit vous avoir communiqué ce repositionnement depuis le 1er janvier 2024). Ensuite, comparez votre salaire de base brut mensuel avec le SMH mensuel correspondant à votre classe.
Le SMH mensuel se calcule en divisant le montant annuel par 12. Si votre salaire de base mensuel est inférieur au SMH mensuel de votre classe, vous avez droit à un rappel de salaire. Si votre ancien salaire était supérieur, la GCIR maintient ce niveau. Mais votre fiche de paie doit désormais mentionner votre groupe et votre classe.
Que faire si son entreprise n’a pas encore procédé au reclassement
Techniquement, le reclassement devait être effectif au 1er janvier 2024. Si vous n’avez reçu aucune notification de votre employeur sur votre groupe et votre classe à cette date, vous êtes dans une situation d’infraction à la convention collective.
La première étape est d’interroger votre service RH ou votre responsable par écrit, en demandant votre positionnement dans la nouvelle grille. Gardez trace de cet échange. Si la réponse tarde ou est insatisfaisante, votre délégué syndical peut intervenir. À défaut, la DREETS (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) est l’autorité compétente pour constater les manquements à l’application des conventions collectives.
Les évolutions de la grille après 2024 : l’avenant du 20 février 2026
La revalorisation annuelle négociée au niveau de la branche
La grille des SMH n’est pas figée. Les partenaires sociaux de la branche — UIMM côté patronal, organisations syndicales représentatives côté salariés. Négocient régulièrement des avenants de revalorisation. Le dernier avenant en date, signé le 20 février 2026, a revalorisé les SMH pour l’ensemble des groupes.
Ces négociations de branche s’imposent à toutes les entreprises de la métallurgie, quelle que soit leur taille. Un accord d’entreprise peut prévoir des niveaux supérieurs, jamais inférieurs. C’est la hiérarchie des normes en droit social.
Les niveaux déjà inférieurs au SMIC : quels groupes sont concernés
Depuis les revalorisations successives du SMIC en 2023 et 2024, plusieurs niveaux des groupes A et B de la grille métallurgie se retrouvent en dessous du SMIC légal. Dans ce cas, c’est automatiquement le SMIC qui s’applique — la convention ne peut pas faire moins que la loi.
Ce décalage entre les minima conventionnels et le SMIC légal est un indicateur de la pression sur les salaires d’entrée dans l’industrie. Les avenants de revalorisation visent précisément à corriger ces écarts, mais le rythme de négociation de branche ne suit pas toujours les revalorisations légales.
Comment vérifier son propre classement sur sa fiche de paie
Repérer le groupe d’emploi et la classe sur le bulletin de salaire
Depuis janvier 2024, votre bulletin de salaire doit mentionner votre groupe d’emploi (A à I) et votre classe (1 à 18) dans la rubrique consacrée à la qualification ou à la convention collective. Si ces informations n’y figurent pas, votre employeur n’a pas mis à jour vos données de paie conformément à la CCN.
Cherchez également la mention IDCC 3248 dans l’en-tête de votre fiche de paie : c’est l’identifiant officiel de la nouvelle convention collective nationale de la métallurgie. Si vous voyez encore l’ancienne convention territoriale, le passage n’a pas été formalisé.
En pratique, voilà ce que j’ai constaté : de nombreuses fiches de paie mentionnent le bon groupe mais omettent la classe précise. C’est insuffisant pour vérifier que votre minimum hiérarchique est correctement appliqué.
Les recours en cas de désaccord sur le classement (délégué syndical, DREETS)
Si vous estimez que votre classement ne reflète pas la réalité de votre poste, vous avez plusieurs niveaux de recours. D’abord, demandez à votre employeur la fiche de cotation de votre poste — il est tenu de vous fournir les éléments qui ont conduit à votre positionnement. Si les critères ont été mal appliqués ou si votre poste a évolué sans que la cotation ait été revue, c’est le point de départ d’une contestation.
Le délégué syndical de votre entreprise est votre premier interlocuteur : il connaît les positions de la branche et peut peser dans une négociation interne. Si aucun accord n’est trouvé, la DREETS de votre région peut être saisie, et en dernier recours, le Conseil de prud’hommes tranche les litiges de classification. Le délai de prescription pour contester une classification abusive est de trois ans à compter de la date à laquelle vous avez eu connaissance du classement litigieux.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l’ancien coefficient et la nouvelle classe d’emploi dans la métallurgie ?
L’ancien coefficient était un chiffre (190, 215, 285…) défini par chaque convention territoriale, sans définition commune entre régions. La nouvelle classe (1 à 18) est déterminée par la cotation objective du poste selon six critères standardisés au niveau national. Le résultat final est une classe et un groupe (A à I) identiques partout en France pour un même niveau de poste.
Comment savoir dans quel groupe (A à I) je me situe avec la nouvelle classification ?
Votre employeur devait vous notifier votre nouveau groupe et votre classe avant le 1er janvier 2024. Cette information doit figurer sur votre bulletin de salaire depuis cette date. Si vous ne l’avez pas reçue, demandez à votre service RH un document écrit précisant votre positionnement dans la grille CCN IDCC 3248 et les critères de cotation appliqués à votre poste.
Mon salaire peut-il baisser avec le passage à la nouvelle CCN métallurgie ?
Non. La garantie conventionnelle individuelle de rémunération (GCIR) interdit toute baisse de rémunération lors du passage à la nouvelle convention. Si votre nouveau minimum hiérarchique est inférieur à votre salaire réel, votre employeur doit maintenir ce dernier. Si le nouveau minimum est supérieur à votre salaire actuel, c’est le nouveau minimum qui doit s’appliquer.
Les cadres ont-ils une grille de salaire différente dans la nouvelle convention ?
Les cadres et ingénieurs sont positionnés dans les groupes F à I, avec une logique de progressivité qui intègre les années d’expérience dans la classe, contrairement aux groupes A à E où seule la classe détermine le minimum. Le groupe F, classe 12 (entrée cadre) démarre à 29 940 € brut annuel pour moins de deux ans d’expérience dans le poste.
Comment est calculée la majoration de 30 % pour le forfait jours dans la métallurgie ?
La majoration de 30 % s’applique au SMH de votre classe. Si votre SMH annuel est de 35 000 €, votre minimum en forfait jours est de 35 000 × 1,30 = 45 500 € brut annuel. Cette majoration est fixée par l’article 139 de la CCN et ne peut pas être réduite par accord d’entreprise.
La grille de classification s’applique-t-elle aussi aux salariés en CDD ou en intérim ?
Oui. Les salariés en CDD dans une entreprise de la métallurgie sont couverts par la CCN IDCC 3248. Les salariés intérimaires bénéficient quant à eux du principe d’égalité de traitement : à poste équivalent, leur rémunération ne peut être inférieure à celle d’un salarié permanent de l’entreprise utilisatrice occupant le même emploi.
Que se passe-t-il si mon employeur ne m’a pas repositionné dans la nouvelle grille depuis janvier 2024 ?
L’absence de reclassement constitue un manquement à l’application de la convention collective. Vous pouvez réclamer le paiement rétroactif de la différence entre votre salaire perçu et le SMH qui aurait dû vous être appliqué, avec un délai de prescription de trois ans. Commencez par une demande écrite à votre RH, puis saisissez votre délégué syndical ou la DREETS si nécessaire.
Les salaires minima de la métallurgie sont-ils revalorisés chaque année ?
Il n’existe pas de revalorisation automatique annuelle : les SMH sont revus lors des négociations de branche entre l’UIMM et les syndicats représentatifs. Ces négociations peuvent aboutir à un ou plusieurs avenants par an. Le dernier avenant en date remonte au 20 février 2026. Pour suivre les évolutions, consultez le site de l’UIMM ou la base de données des accords collectifs sur Légifrance (IDCC 3248).



